mardi 1 septembre 2026

LE "TERRIBLE PRUSSIEN" ou "La BANDE A BAASNER" 3/3

 


         Dans les deux chapitres précédents a été évoqué un acteur dont le bref passage dans la série Inspecteur Derrick a été particulièrement marquant. Après avoir évoqué sa carrière théâtrale remarquée, son apparition dans des séries télévisées, puis dans la première suite où il a été question d'aventures et d'épisodes historiques, on propose ici au lecteur la dernière partie de l'évocation de la carrière de Wilfried Baasner, où se côtoient productions plus légères pour la jeunesse et incursions dans l'Antiquité.


           Animaux et séries pour la jeunesse

        En 1990, l'acteur allemand incarne un maire dans une comédie satirique, Die Frosch-Intrigue, dans laquelle Gert Hauck joue un promoteur immobilier – les deux acteurs qui ont composé des méchants mémorables dans la série Inspecteur Derrick ne furent jamais présents simultanément dans la série d’Herbert Reinecker, comme évoqué dans l’article "De brillants seconds rôles". L’histoire traite de la découverte supposée d’un ancien site romain entraînant bien des convoitises et manigances jusqu’à ce qu’il s’avère finalement être un ancien camp de concentration nazi.

Wilfried Baasner à l'extrême gauche et Gert Haucke à l'extrême droite jouant l'entrepreneur en bâtiment Huschbert dans Die Frosche-Intrigue.

Le maire Wutte joué par Wilfried Baasner.

      La même année, Wilfried Baasner joue dans le treizième épisode de la première saison de la série Die Pfefferkömer ("les grains de poivre"), Der Schatz vom Kannengiesserort ("Le trésor de Kannengiesserort"). Le petit groupe d’enfants au cœur du programme est sur le point de perdre son local établi dans un bâtiment désaffecté en raison des dettes de la famille. Une fillette, Vivi, trouve une boucle de ceinturon fixée sous une poutre qui renvoie à un glorieux passé maritime hanséatique, une découverte que s’accapare l’acquéreur pressenti des lieux en dépit de la valeur historique que celle-là représente. Les enfants parviendront à récupérer l’objet précieux qui ira dans un musée et la récompense pour ce don leur permettra de conserver leur repaire. Dans son rôle de Monsieur Raffmann, l’acteur donne sa pleine mesure, en conférant une dimension comique à l’épisode par ses exagérations, passant brusquement d’un état à un autre en faisant usage de toute une palette d’expressions explicites, de la joie extatique presque enfantine, lorsqu’il se félicite d’avoir congédié l’experte qui voulait verser l’objet au patrimoine national, à la colère la plus rageuse lorsqu’il découvre que la fillette a récupéré le trésor à son insu.


Un acquéreur très intéressé par un objet ancien fixé au plafond.



Monsieur Raffmann exulte littéralement après avoir congédié l'expert qui voulait récupérer la boucle de ceinturon au nom du patrimoine.


Il se montre en revanche beaucoup moins agréablement surpris lorsqu'il découvre que la petite Vivi (Aglaja Brix) du groupe des "Grains de poivre" dont il a acquis le repaire s'est introduite dans son salon et a réussi à s'emparer du célèbre ceinturon

        Il intervient aussi en 1992 dans l’épisode Drachenauge de la série de la BRD pour la jeunesse Ein Fall für TKKG mettant en scène quatre détectives en herbe amateurs de mystères et leur chien qui partent dans cette histoire à la recherche d’un trésor dissimulé dans une grotte, lequel est également convoité par un de leurs professeurs et par un antiquaire peu recommandable, Ludvig Hirnvogel qu’interprète Baasner. L’épisode rappelle assez nettement le film Les Goonies (The Goonies) de Richard Donner – d’autant que la scène fantasque dans ce dernier avec la pieuvre géante a été coupée et qu’il n’en subsiste qu’une allusion dans l’épilogue, avec cette petite bande d’adolescents qui affrontent divers périls dont un personnage malfaisant un peu ridicule, Wilfried Baasner étant le parfait équivalent de Robert Davi dans la production de Steven Spielberg, jusqu’à ce que les petits héros soient finalement réunis avec leurs parents auprès de la police.

Comme la série Die Pfefferkömer, Ein Fall fïr TKKG met en scène de jeunes héros.




A la manière du film Les Goonies (The Goonies), les quatre jeunes aventuriers affrontent bien des dangers dans l'épisode Drachenauge




L'avide antiquaire Hirnvogel s'empare d'une adolescente. 

Comme dans l'épilogue des Goonies, la fin de l'épisode Drachenaugen se termine bien, avec les adolescents retrouvant leur famille sous la protection de la police.

        En 1994, l'acteur figure dans un épisode le la série comique Die Trotzkis qui oppose dans l’Allemagne réunifiée un mari nostalgique du communisme et son épouse émerveillée par la société consumériste de l’Allemagne de l’Ouest. La même année, il occupe une place centrale dans le huitième épisode de la troisième saison de la série policière Die Männer vom K3, intitulé Ende eines Schürzenjägers, ("mort d’un coureur de jupon"). Il incarne Leo Biehl, fabricant de produits pharmaceutiques qui donne une réception à laquelle sont conviés les membres de la profession. Lorsque le champagne est servi, un important grossiste, le Docteur Jürgen Klinger, s’effondre, apparemment frappé par une crise cardiaque fatale, mais sa mort s’avère en réalité avoir été causée par un empoisonnement au cyanure. Les enquêteurs de la cellule K3 découvrent qu’à l’instar du roman d’Agatha Christie Le crime de l’Orient Express, chacun des présents avait un mobile sérieux de commettre le crime, à commencer par l’hôte que sa jeune épouse trompait avec la victime. Les pistes étant nombreuses, seule la commission d’un second assassinat permettra finalement d’élucider cette affaire.




Une petite réception qui vire au macabre dans l'épisode Ende eines Schürzenjägers de la série policière Die Männer vom K3, avec Wilfried Baasner au milieu, en haut, et à droite en bas. 

            En 1995, Wilfried Baasner interprète dans Les roses du mal (Mit verbundenen Augen) le rôle assez secondaire d’Albert Steiner, un dirigeant sportif dont la meilleure patineuse, Kathrin Bischoff (Ursula Buschhorn) a subi une tentative d’assassinat perpétrée à l’initiative de sa principale concurrente, qui la laisse momentanément aveugle. Son garde du corps Alex Ziegler (interprété par Herbert Knaup, qui tient véritablement la vedette de ce téléfilm) est congédié mais éprouve des sentiments pour la jeune femme et va s’efforcer de lui sauver la vie, tandis que Steiner aimerait se persuader que la cécité de sa championne n’est que provisoire.



Les roses du mal : en haut deux compétitrices qu'oppose une compétition sans merci, au milieu le dirigeant sportif joué par Wilfried Baasner suit avec attention la performance de sa patineuse préférée sous le regard intense de la mère de celle-ci, en bas, un garde du corps (Herbert Knaup) est engagé pour veiller sur la championne exposée aux pires menaces.

         Dans la série Unser Charlie en 1997, Wilfried Baasner apparaît à l’occasion du quatorzième épisode de la troisième saison dans le rôle de Manfred Völkel, le maître d’un vieux chat persan que le vétérinaire héros de la série, le Docteur Martin (Ralf Schicha), juge condamné, ce qui déchaîne l’ire du propriétaire. Baasner joue donc encore un homme irascible dans cet épisode d’Uncle Charlie, mais pour une fois doté de sensibilité. Dévasté par l’annonce de la mort inéluctable de son chat, il trouve un peu de compassion auprès d’un chimpanzé apprivoisé, Charly.

Wilfried Baasner incarne dans l'épisode Herzlich Willkommen de la série Unser Charlie un personnage qui trouve un peu de réconfort auprès d'un chimpanzé, "notre Charly".

         L’année suivante, il est à l’affiche de la série So ein Zirkus ! dans laquelle il incarne le dompteur de fauves d’un cirque, Boris Kaminski. Personnage frustre et dominateur, il conçoit sa relation avec les femmes d’une manière similaire à celle qu’il emploie pour obtenir l’obéissance de ses animaux, ce qui n’empêche pas l'épouse d’un trapéziste de s’en enticher. Le dompteur est aussi un passionné du jeu de la roulette, l’amenant à croiser le chemin d’une riche héritière.


Quand le dompteur de fauves Boris Kaminski interprété par Baasner dans So ein Zirkus ! est dans les parages, on en vient rapidement aux mains, mais son caractère sauvage ne dissuade pas pour autant la gent féminine.

*

        Brèves incursions dans l’Antiquité

        En 1997, l'acteur Wilfried Baasner apparaît dans Frevel, le dixième épisode de la série Operation Phoenix : Jäger swischen den Welten, dans lequel les ouvriers d’un chantier à Berlin sont victimes de la vengeance posthume de druides dont les travaux ont dérangé des sépultures celtes. La série mettait en scène quatre agents du ministère de l’Intérieur de la République fédérale enquêtant sur des phénomènes surnaturels dans la lignée de la série américaine Aux frontières du réel (X-Files), mais elle ne rencontra pas le même succès populaire que son modèle de sorte qu’elle fut non seulement arrêtée mais que la diffusion des épisodes fut déprogrammée avant que soit diffusé celui dans lequel avait tourné Wilfried Baasner.

    La même année, il figure brièvement à l’affiche de l’adaptation italienne, servie par une partition d’Ennio Morricone, d’un conte oriental mettant en scène les Rois mages, Les quatre rois (Il quarto re), Gaspard (interprété par Billy Dee Williams vu dans les deux derniers épisodes de la trilogie originelle de La Guerre des étoiles (Star Wars), Melchior (le Français Daniel Ceccaldi), et Balthazar (Joachim Fuchsberger, vu dans plusieurs collaborations entre Reinecker et Ringelmann comme évoqué dans la seconde partie de l’article "L’autre duo de Derrick"). Un jeune apiculteur, Alazhar (Raoul Bova) est malgré lui contraint de mener les trois Rois mages jusqu’à l’enfant Jésus tout juste né, guidés par ses abeilles, une mission à laquelle Satan (Bruno Bilotta) tente de faire obstacle en lui tendant des pièges. Il est ainsi contraint de délaisser quelque temps sa bien-aimée Izhira (Maria Grazia Cucinotta) que convoite Bakir, commerçant aisé et propriétaire de son logement interprété par Wilfried Baasner, qui constate le départ des abeilles et donc l’impécuniosité du ménage. Il dit d’abord vouloir lui faire grâce du paiement en échange de faveurs intimes, puis se décide à lui proposer d’emménager avec lui en lui promettant l’abondance de biens. Celle-là le rejette avec dédain à chaque occasion, lui assénant finalement qu’elle préférerait aller dormir dans la grange. L’éconduit lui répond que cela sera effectivement son destin et qu’il s’assurera désormais qu’il lui soit interdit de reparaître dans le village. Lors de son apparition initiale, le personnage de Bakir se dresse à la manière d’un serpent derrière la fenêtre d’Izhira pour l’espionner ; lorsqu’on le voit pour la seconde fois, il est planté tout droit dans sa djellaba, évoquant quelque peu la silhouette raide d’un Nosferatu se dressant dans le navire maudit du film de Murnau.




Bakir (Wilfried Baasner) veut profiter de l'absence du compagnon d'Izhira pour conquérir la jeune femme, mais celle-là refuse fermement ses avances et il lui assure qu'il va la faire chasser du village.

    Wilfried Baasner joue en 1999 dans Le septième papyrus (The Seventh Scroll), une production télévisée internationale basée sur un roman, réalisée par Kevin Connor qui a dirigé un certain nombre d’aventures exotiques fantastiques pour la compagnie britannique Amicus. Le parchemin au centre de l’intrigue qui donne son titre à l’histoire révèle une page d’histoire ancienne de l’Égypte, évoquée en parallèle des investigations des deux archéologues concurrents joués par Jeff Fahey (Le cobaye) et Roy Scheider (Les dents de la mer). Wilfried Baasner interprète Lord Intef, qui veut marier contre son gré sa fille Lostris au Pharaon Mamose. Il punit sévèrement l’esclave Taita qui a osé approcher de trop près la promise. Après avoir semblé un instant accorder sa clémence devant la supplique de celui-ci, il le fait émasculer par ses serviteurs, lui enserrant lui-même la mâchoire pour l’empêcher de crier. La séquence entière mettant en valeur sa perversité fut coupée de certaines versions, probablement afin d’occulter cette chute atroce, mais cette révision réduit ainsi le temps de présence de l’acteur à l’écran.




Lorsque Wilfried Baasner revêt les atours d’un dignitaire de l’Antiquité égyptienne, c’est à nouveau pour donner corps à un personnage plutôt épouvantable.

      Les téléspectateurs allemands ont pu découvrir l’acteur pour la dernière fois en mai 2004 dans l’épisode Göttergatte und Ganove de la série Ein Fall für den Fuchs dans lequel il interpréta Ludwig Leclair, un commissaire-priseur rusé et spéculateur.

Ultime apparition de Wilfried Baasner à la télévision en mai 2004 dans un épisode de la série Ein Fall für den Fuchs avec Esther Schweins.

Colère réelle sur le petit écran

        Wilfried Baasner avait à l’occasion participé à des jeux télévisés en tant qu’acteur invité. Sur un mode plus spectaculaire, il avait débattu en 1992 à la télévision avec la responsable politique Angela Merkel, alors ministre fédérale des femmes et de la jeunesse ainsi que vice-présidente de l’Union chrétienne démocrate (CDU), dans l’émission "Explosiv – der heisse Stuhl" pour le numéro intitulé "Gewalt im Fernsehen". En réponse au discours critique de la dirigeante envers le contenu des fictions diffusées sur le petit écran, il y proclama que chercher à interdire la violence à la télévision était une réponse trop simpliste, les médias ne faisant que refléter la réalité, l’état de la société, au travers de sa représentation dans les fictions et même arguant – à l’instar du réalisateur canadien David Cronenberg qui refuse par principe toute responsabilité morale de l’artiste – de sa fonction cathartique en citant la tradition des tragédiens grecs tel Sophocle. Il renvoyait la violence à grande échelle aux gouvernants qui prennent la décision de conduire des guerres, citant celle du Golfe à laquelle l’Allemagne avait pris part et les bombardements en Yougoslavie. Aussi impressionnants que soient les personnages qu’a incarnés Wilfried Baasner, il paraît en effet douteux que ceux-là aient suscité des émules chez des spectateurs n’ayant pas déjà en eux une forte propension aux penchants criminels. Il est vrai qu’on peut souhaiter limiter l’exposition du jeune public à des jeux vidéos qui banalisent la violence dans des esprits encore influençables et à des programmes télévisés énumérant des crimes horribles en alimentant la cruauté plutôt que la compassion, et qu’il est dérangeant que des assassins pervers aient respectivement revendiqué les films Orange mécanique (Clockwork Orange), Tueurs nés (Natural Born Killers) et Jeu d’enfant 3 (Childplay 3) comme source d’inspiration – ce qui ne les dédouane en rien de leurs propres pulsions sadiques – pour les atrocités qu’ils ont perpétrées, mais il serait illusoire de croire que la société serait totalement pacifiée si les émissions télévisées ne diffusaient plus que des programmes culturels et des émissions apaisantes, à fortiori à une époque à laquelle un terrorisme effroyable et aveugle s’est implanté dans les pays occidentaux et l’agressivité s’est pour des raisons qui restent à expliciter diffusée depuis la pandémie de COVID comme l’ont relevé le ministère de l’Intérieur comme le spécialiste reconnu des évolutions de la société française Jérôme Fourquet.

Le ministre Angela Merkel fait face à un panel de contestataires dont Wilfried Baasner (au milieu) particulièrement virulent à son encontre.



Le débatteur sans doute le plus remarqué.

        L’acteur, qui se considérait comme "un citoyen du monde", reprocha aussi véhémentement à l’occasion dans la même émission à la politicienne une politique d’immigration qu’il jugeait trop restrictive au nom d’un idéalisme sans doute enraciné dans la vision cosmopolite des Lumières qui prônait une libre circulation des hommes, en premier lieu des philosophes qui risquaient la prison dans certains empires et monarchies de l’Europe de l’époque ; cette conception était néanmoins née dans un contexte totalement différent, alors que la mobilité des populations au niveau planétaire était beaucoup plus restreinte et la situation démographique complètement différente des enjeux actuels. Le triste paradoxe est que la politicienne devenue par la suite chancelière ayant alors largement ouvert les frontières de son pays, et de fait celles de toute l’Europe dorénavant sans frontières internes, à 1 million et demi de migrants (causant notamment la tragédie du petit Aylan et de son frère noyés, ainsi incités à quitter leur pays d’accueil initial, la Turquie), elle a aussi de la sorte permis de faire entrer en France des terroristes qui y ont causé des actes effroyables. Comme l’a rapporté le quotidien "Le Monde" dans son compte-rendu du 18 décembre 2021, l’ancien directeur français de la sécurité intérieure a assuré lors du procès des terroristes qui avaient frappé la France le 13 novembre 2005 que 15 responsables, dont huit kamikazes ainsi que le coordinateur principal, étaient entrés dans l’espace européen en se faisant passer pour des réfugiés fuyant la Syrie durant la crise migratoire à la faveur de l’appel public de la dirigeante à accueillir massivement les supposés demandeurs d’asile, le témoin ajoutant avec une affirmation sans appel devant la Cour « qu’on ne peut pas contrôler 1,5 millions de personnes ». La dirigeante s’efforça par la suite de dissimuler en particulier des centaines de plaintes relatives à des agressions sexuelles à Cologne imputables à des agresseurs imprégnés d’une culture aux valeurs antagonistes, faisant notamment pression sur la police pour qu’elle ne divulgue pas des informations pouvant interroger quant aux conséquences de sa décision unilatérale d’ouverture des frontières. Un internaute commentant le débat accuse ainsi la Chancelière d’avoir du sang sur les mains. Le couturier allemand Karl Lagerfeld faisant allusion à l’expérience déplaisante de proches s’indigna en déclarant qu’« on ne peut pas, même s’il y a des décennies entre eux, tuer des millions de Juifs pour faire venir des millions de leurs pires ennemis après », une de ses amies juives ayant notamment été menacée par un jeune migrant fanatisé. La dirigeante prétendit imposer un changement radical à la population allemande sous le prétexte de racheter les crimes du nazisme, alors que son prédécesseur Helmut Kohl, loin d’avoir été un continuateur du 3ème Reich, avait maintenu un modèle allemand apaisé et consolidé la réconciliation franco-allemande dans la lignée de Konrad Adenauer – pour l’anecdote, on peut se souvenir que la politicienne qui l’a évincé de manière cavalière s’est quand même autorisée à assister à son enterrement en dépit de la volonté exprimée par la famille du défunt.


Un invité qui ne reste pas sur la réserve.

        Ceux qui concourent le plus au développement de la violence dans la société sont quand même moins ceux qui produisent ou participent à des programmes l’évoquant de manière même explicite que les décideurs qui, par dogmatisme idéologique, irénisme ou faux pragmatisme la transforment de telle sorte qu’elle devient plus dangereuse ; ce sont les décisions des dirigeants qui ont pour effet la perte de vies humaines et même des massacres comme l’actualité l’a tristement trop souvent illustré, donnant paradoxalement raison à l’acteur. Les effets de la politique de Merkel qu’appelait pourtant de ses vœux Wilfried Baasner dans l’émission – même s’il est vrai que la vague de terreur islamiste, notamment en France, n’a débuté qu’en 1994-1995 avant de s’étendre à toute l’Europe et aussi notamment aux États-Unis à partir de l’attentat du 11 septembre 2001, soit postérieurement à l’émission, ont ainsi illustré comme il l’affirmait lors du débat que l’horreur bien réelle est imputable aux décisions politiques, autrement plus lourdes de conséquences que les images des fictions.

Considéré comme plutôt affable, loin de ses interprétations, Wilfried Baasner s’est néanmoins montré très virulent à l’encontre de la dirigeante Angela Merkel, dans ce qui n’était pour une fois pas un rôle de composition, dans une émission consacrée à la violence à l’écran ; il est vrai qu’il pouvait se sentir directement visé par l’instance devant censurer des programmes télévisés au nom de la protection de la jeunesse alors qu’il interprétait couramment sur le petit écran bien des personnages peu recommandables.

Un article de presse biographique de Suzanne Deuter consacré à Wilfried Baasner à la notoriété accrue à l'occasion de la série La dynastie des Guldenburg ainsi que pour son incarnation avec perruque de Danton pour le documentaire historique "Du sang pour la liberté" (Blut für die Freiheit), évoquant ses succès passés au théâtre et ses loisirs, notamment ses passions pour la musique baroque et des voyages en Asie.

               Établi en Grèce depuis des années avec son épouse après avoir longtemps vécu à Vienne en Autriche et à Hambourg, le comédien romantique et amateur de musique baroque décéda à l’approche de ses 65 ans à l’Hôpital d’Athènes le 26 mars 2006. Wilfried Baasner n’était pas un acteur adepte de la demi-mesure ; revendiquant son hérédité prussienne, il se donnait totalement dans ses rôles, quitte à forcer le trait, pour des incarnations toujours mémorables, et Inspecteur Derrick l’a ainsi porté à deux occasions à la connaissance du spectateur français. On pourrait regretter qu’il n’ait pas tourné d’autres épisodes pour composer de nouveaux personnages terrifiants au service des scénarios d’Herbert Reinecker. Heureusement, d’autres acteurs ont su composer avec autant d’efficacité des personnages effrayants illustrant les figures les plus sombres de la série comme Peter Kuiper auquel sera naturellement consacré un autre article dédié. Néanmoins, ces rares apparitions le rendent d’autant plus singulier, nous offrant ces deux épisodes mémorables d’Inspecteur Derrick. En dépit de son bref passage dans le programme de la ZDF, Wilfried Baasner demeurera pour nous une figure iconique de la série et il paraissait donc pertinent de lui consacrer cet hommage.

Wilfried Baasner mérite de rejoindre la liste des méchants de l'écran que nous avons appris à aimer. 


vendredi 12 juin 2026

LE "TERRIBLE PRUSSIEN" ou "La BANDE A BAASNER" 2/3

 

2ème partie.


                 On a vu précédemment que l’acteur Wilfried Baasner, qui a prêté ses traits à deux des plus impressionnants méchants de la série Inspecteur Derrick, était célèbre en Allemagne, à la fois dans le milieu du théâtre où il a tenu de grands rôles, comme le Maure d’Othello d’après Shakespeare, Joseph Merrick dit L’Homme éléphant, l’écrivain supplicié de Misery imaginé par Stephen King ou encore le moine détective du Nom de la Rose inventé par Umberto Eco, et également à la télévision avec son méchant d’anthologie composé pour la populaire série des Guldenburg. Il est aussi apparu dans nombre d’autres créations le plus souvent pour le petit écran, la plupart du temps dans des rôles assez secondaires mais néanmoins marquants, et on se propose dans cette deuxième partie d’en donner quelque aperçu complémentaire pour le lecteur français que l’article précédent aurait incité à intéresser à la carrière de cet acteur qui a marqué brièvement la série évoquée par ce site et qui se définissait lui-même comme un « Prussien têtu ».

               Après son rôle prédominant dans le feuilleton Die Erde des Guldenburg, Baasner peut ensuite être ponctuellement aperçu dans diverses séries comme la comédie Auto Frizte de 1993 ayant pour cadre un garage familial, tandis que d’autres acteurs d’Inspecteur Derrick, Sky Dumont, Peter von Strombeck, Katja Beniert et Volker Eckstein, y apparaissent également. D’autres programmes dans lesquels il figure occasionnellement se rapprochent davantage du modèle de feuilletons américains comme la série policière Die Straße von Berlin en 1996 ou la série hospitalière Alphateam – Die Lebensretter im OP en 1998 qui est l’équivalent de la série Urgences (ER) créée par Michael Crichton.


Scènes de la série Auto Fritze - il semble que le garage ne soit pas qu'un lieu strictement masculin...

Wilfried Baasner à côté de Michael Degen quelques années après que les deux acteurs ont interprété sur les planches deux célèbres révolutionnaires français.

Wilfried Baasner (Walter Keilhoff) dans le rôle-titre d'Andreas Wolff face à Jürgen Heirnrich dans l'épisode Der Drahtzieher de la série Wolff, police criminelle (Wolffs Revier) - à noter que Jürgen Heinrich incarne dans l'épisode Paix intérieure (Keine Ende in Wohlgefallen) de la dix-septième saison d'Inspecteur Derrick Udo Tessinger, directeur d'une agence de mannequins qui a laissé un de ses modèles se faire violer par deux bons clients et qu'à la suite du suicide de la jeune fille son frère veut venger.

Wilfried Baasner dans l'épisode Wiener Glut de la série Die Straße von Berlin au côté de Rhea Harder.

        On peut penser que Wilfried Baasner aimait véritablement incarner des personnages antipathiques tant il les multiplia à l’écran même pour de brèves apparitions, probablement par plaisir d’exercer son métier d’acteur quel qu'en soit le cadre, à l’instar de célèbres seconds rôles américains, David Warner qui confiait déprimer entre deux tournages et Kevin McCarthy dont les photos publicitaires pour Ghoulies 3 illustrent la bonne grâce avec laquelle cet acteur reconnu acceptait de participer même aux films les moins renommés et au budget modique*. Wilfried Baasner gratifie ainsi de sa participation un certain nombre d’œuvres dont seule une minorité sera encensée par les critiques, généralement dans des rôles dans lesquels il suscite aisément l’effroi, imposant sa présence physique incoercible. 


     Un peu d'Histoire

          On voit Wilfried Baasner à l’occasion dans des évocations historiques. En 1986, il apparaît dans la série en quatre épisodes Lenz oder die Freiheit (d’après le patronyme d’un personnage de révolté imaginaire) narrant la brève révolution démocratique contre la Prusse qui eut lieu en 1848 dans le Grand duché de Bade, dans laquelle Baasner incarne Glaubitz, un officier sadique au service du Kaiser. 



En tant que chef du détachement prussien, l’officier joué par Baasner ordonne sans hésitation la flagellation et se montre prompt à abattre ses adversaires, sauf lorsqu’il est contraint de mauvaise grâce de se défaire de son arme sous la pression des insurgés du duché de Bade dans Lenz oder die Freiheit en 1986.

    En 1989, il interprète dans un décor théâtral le révolutionnaire Danton pour des séquences de reconstitution apparaissant dans le documentaire de la coproduction ZDF/ORF, Blut für die Freiheit, tandis que Louis XVI conduit à l’échafaud est incarné par un deuxième acteur vu dans Inspecteur Derrick, Lambert Hamel. Il y a notamment pour partenaire Michael Degen dans le rôle de Robespierre, acteur qu’il est amené à recroiser à l’occasion d’un épisode de la comédie Auto Frizte de 1993 dans laquelle ce dernier tient la vedette comme évoqué au début de cet article.


Wilfried Baasner retrouve provisoirement un ornement capillaire, en l'occurrence la perruque du révolutionnaire Danton. 

Les deux principaux dirigeants de la Révolution française de 1789 représentés sur les planches, Danton joué par Baasner et son comparse fratricide Robespierre interprété par Michael Degen. 
        

         Univers des jeux et aventures tropicales

    En 1983, Wilfried Baasner incarne King dans le film Karambolage contant l’histoire d’une femme qui cherche à s’imposer dans le milieu des compétitions de billard et qui rencontre notamment parmi les obstacles se dressant devant elle ce personnage détestable auquel donne vie l’acteur.



Il semble que le personnage joué par Wilfried Baasner dans Karambolage ait une manière très peu réglementaire d’introduire une femme dans le cercle du billard.

    Tod eines Schaustellers en 1984 met en scène la rivalité entre deux familles du milieu des attractions foraines. Après avoir reçu des lettres de menaces de mort, le patriarche Von Schulten finit par périr en réalisant un essai avec une voiturette d’un parcours de montagnes russes. Le lecteur ne sera vraisemblablement pas surpris d’apprendre que l’instigateur du crime finalement arrêté après une tentative de fuite est Schuster incarné par Wilfried Baasner. En 1985, l’acteur joue Meilick, l’homme de main d’un proxénète, dans le téléfilm Hautnah dans lequel apparaît aussi Armin Mueller-Stahl, une œuvre ayant reçu trois prix en Allemagne et en Suisse.


Un forain peu recommandable joué par Wilfried Baasner.

Hans Korte, acteur apparu dans plusieurs épisodes de la série Inspecteur Derrick dans des rôles antipathiques, est aussi à l'affiche du téléfilm.

        L’année suivante, on voit apparaître Wilfried Baasner dans divers long-métrages d’aventures se déroulant dans des endroits exotiques sur fond d’activités crapuleuses comme en 1985 dans Coconuts, mélange d’action et de comédie parfois leste mettant en scène un camionneur, joué par Hanno Pöschl, adepte des combines et consommateur d’alcool et de prostituées, aux prises avec des rivaux. Baasner qui apparaît dans les dernières scènes y joue un odieux militaire au service de la dictature paraguayenne, Kern, qui après l’arrestation des trois aventuriers organise un simulacre d’exécution des deux hommes, puis les balance avec un parachute au-dessus d’un marécage peuplé de caïmans (en fait des alligators) tandis qu’il compte mettre la main sur la femme pour en disposer à sa guise, mimant d’ailleurs une copulation avec un air réjoui. Un plan bref mais particulièrement odieux le montre lors de l’arrivée de son avion sur la piste d’aéroport abattre un homme qui était contraint de faire un salut militaire tout nu.

L'arrivée de Kern dans la dernière partie du film Coconuts.


Le militaire fait mine d'accueillir avec cordialité les visiteurs, mais sitôt les fous rires dissipés, il se lance dans une tentative de viol de Vera (Olivia Pascal) ; on peut voir à l'arrière plan une photo du véritable Général Stroessner, dictateur du Paraguay.




Kern ordonne une exécution des étrangers, mais il ne s'agissait que d'une mise en scène pour satisfaire son humour pervers.

Kern préfère balancer les deux touristes depuis son avion, tandis qu'il n'a pas renoncé à abuser de Vera. 

Le plaisir de Kern est de courte durée lorsque l'avion s'apprête à s'écraser.

     En 1991, il figure dans le téléfilm exotique en deux parties Tod aus Bali en même temps que deux autres acteurs vus dans Inspecteur Derrick, Judy Winter et Pinkas Braun. En 1993, il est de même qu’Ernest Borgnine à l’affiche de Blue Diamond, dans le rôle de Boris Otinski, un film qui raconte la périlleuse aventure de cinq amis dans la jungle thaïlandaise à la recherche d’un légendaire diamant bleu, amenant l’un d’entre eux à être emprisonné à la suite d’un meurtre, puis lorsqu’il sont finalement réunis sept ans plus tard, l’un des leurs est alors enlevé. 

Wilfried Baasner dans Tod aus Bali avec Pinkas Braun, à gauche, qui apparaît dans l'épisode Licenciement (Entlassen Sie diesen Mann nichts !) de la série Inspecteur Derrick en tant qu'inquiétant chercheur manipulateur, le Dr Kroll, désireux de faire assassiner sa femme adultère par son psychiatre, le Dr Kraus sur lequel il exerce une forte influence. 


Wilfried Baasner avec l'actrice Julia Kent dans Blue Dimaond.


Le personnage de Boris Otinski joué par Baasner n'est pas à son aise avec un antagoniste qui entreprend de l'étrangler, mais la séance de détente entre les mains d'une masseuse ne semble pas lui apporter davantage de relaxation.

      En 1995, Baasner incarne un personnage inquiétant au sein d’une petite île fictive d’Amérique du Sud dans le téléfilm allemand Der schwarze Fluch (The Black Curse) traitant de conspiration et parsemé de meurtres, dans lequel il partage l’affiche avec certains acteurs vus dans le célèbre Bateau (Das Boot) réalisé par Wolfgang Petersen, Sky Dumont et Claude-Olivier Rudolph, ainsi qu’avec quelques acteurs américains comme James Brolin. Avec son crâne chauve, sa mâchoire anguleuse serrée, son air ombrageux et son costume noir à la coupe stricte, il évoque physiquement assez irrésistiblement la figure du dictateur italien Mussolini dans le rôle de Winston, le ministre de la justice versé dans le détournement de fonds qui enlève une journaliste américaine, Jenny Lewinski (interprétée par l’actrice principale Julia Kent qui a aussi écrit le scénario et qu’on pouvait déjà voir dans Blue Diamond), lequel la drogue afin de lui faire endosser un meurtre. Il se montre aussi sulfureux dans sa relation sentimentale avec la femme du juge, retournant à celle-là qui l’a giflé violemment un coup de poing brutal en pleine mâchoire, avant que les deux protagonistes ne deviennent à nouveau amants.



Wilfried Baasner, entre Mussolini, Belzebuth et Fantomas dans Der Schwarze Fluch.


Winston discute avec le juge Marlowe, interprété par l'acteur américain Josh Brolin, mais entretien des rapports plus proches avec l'épouse de celui-ci (Deborah Shelton), une passion torride qui ne repose pas que sur la tendresse.

    

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        Le lecteur est invité à retrouver prochainement la troisième et dernière partie de ce premier hommage consacré à un des acteurs occasionnels de la série Inspecteur Derrick, prélude à un certain nombre d'autres évocations de figures marquantes ayant servi les histoires de Reinecker. 


* voir hommages consacrés à ces deux acteurs sur le site créatures-imagination