Dans les deux chapitres précédents a été évoqué un acteur dont le bref passage dans la série Inspecteur Derrick a été particulièrement marquant. Après avoir évoqué sa carrière théâtrale remarquée, son apparition dans des séries télévisées, puis dans la première suite où il a été question d'aventures et d'épisodes historiques, on propose ici au lecteur la dernière partie de l'évocation de la carrière de Wilfried Baasner, où se côtoient productions plus légères pour la jeunesse et incursions dans l'Antiquité.
Animaux et séries pour la jeunesse
En 1990, l'acteur allemand incarne un maire dans une comédie satirique, Die Frosch-Intrigue, dans laquelle Gert Hauck joue un promoteur immobilier – les deux acteurs qui ont composé des méchants mémorables dans la série Inspecteur Derrick ne furent jamais présents simultanément dans la série d’Herbert Reinecker, comme évoqué dans l’article "De brillants seconds rôles". L’histoire traite de la découverte supposée d’un ancien site romain entraînant bien des convoitises et manigances jusqu’à ce qu’il s’avère finalement être un ancien camp de concentration nazi.
La même année, Wilfried Baasner joue dans le treizième épisode de la première saison de la série Die Pfefferkömer ("les grains de poivre"), Der Schatz vom Kannengiesserort ("Le trésor de Kannengiesserort"). Le petit groupe d’enfants au cœur du programme est sur le point de perdre son local établi dans un bâtiment désaffecté en raison des dettes de la famille. Une fillette, Vivi, trouve une boucle de ceinturon fixée sous une poutre qui renvoie à un glorieux passé maritime hanséatique, une découverte que s’accapare l’acquéreur pressenti des lieux en dépit de la valeur historique que celle-là représente. Les enfants parviendront à récupérer l’objet précieux qui ira dans un musée et la récompense pour ce don leur permettra de conserver leur repaire. Dans son rôle de Monsieur Raffmann, l’acteur donne sa pleine mesure, en conférant une dimension comique à l’épisode par ses exagérations, passant brusquement d’un état à un autre en faisant usage de toute une palette d’expressions explicites, de la joie extatique presque enfantine, lorsqu’il se félicite d’avoir congédié l’experte qui voulait verser l’objet au patrimoine national, à la colère la plus rageuse lorsqu’il découvre que la fillette a récupéré le trésor à son insu.
Il intervient aussi en 1992 dans l’épisode Drachenauge de la série de la BRD pour la jeunesse Ein Fall für TKKG mettant en scène quatre détectives en herbe amateurs de mystères et leur chien qui partent dans cette histoire à la recherche d’un trésor dissimulé dans une grotte, lequel est également convoité par un de leurs professeurs et par un antiquaire peu recommandable, Ludvig Hirnvogel qu’interprète Baasner. L’épisode rappelle assez nettement le film Les Goonies (The Goonies) de Richard Donner – d’autant que la scène fantasque dans ce dernier avec la pieuvre géante a été coupée et qu’il n’en subsiste qu’une allusion dans l’épilogue, avec cette petite bande d’adolescents qui affrontent divers périls dont un personnage malfaisant un peu ridicule, Wilfried Baasner étant le parfait équivalent de Robert Davi dans la production de Steven Spielberg, jusqu’à ce que les petits héros soient finalement réunis avec leurs parents auprès de la police.
Comme la série Die Pfefferkömer, Ein Fall fïr TKKG met en scène de jeunes héros.En 1994, l'acteur figure dans un épisode le la série comique Die Trotzkis qui oppose dans l’Allemagne réunifiée un mari nostalgique du communisme et son épouse émerveillée par la société consumériste de l’Allemagne de l’Ouest. La même année, il occupe une place centrale dans le huitième épisode de la troisième saison de la série policière Die Männer vom K3, intitulé Ende eines Schürzenjägers, ("mort d’un coureur de jupon"). Il incarne Leo Biehl, fabricant de produits pharmaceutiques qui donne une réception à laquelle sont conviés les membres de la profession. Lorsque le champagne est servi, un important grossiste, le Docteur Jürgen Klinger, s’effondre, apparemment frappé par une crise cardiaque fatale, mais sa mort s’avère en réalité avoir été causée par un empoisonnement au cyanure. Les enquêteurs de la cellule K3 découvrent qu’à l’instar du roman d’Agatha Christie Le crime de l’Orient Express, chacun des présents avait un mobile sérieux de commettre le crime, à commencer par l’hôte que sa jeune épouse trompait avec la victime. Les pistes étant nombreuses, seule la commission d’un second assassinat permettra finalement d’élucider cette affaire.
Une petite réception qui vire au macabre dans l'épisode Ende eines Schürzenjägers de la série policière Die Männer vom K3, avec Wilfried Baasner au milieu, en haut, et à droite en bas.
Dans la série Unser Charlie en 1997, Wilfried Baasner apparaît à l’occasion du quatorzième épisode de la troisième saison dans le rôle de Manfred Völkel, le maître d’un vieux chat persan que le vétérinaire héros de la série, le Docteur Martin (Ralf Schicha), juge condamné, ce qui déchaîne l’ire du propriétaire. Baasner joue donc encore un homme irascible dans cet épisode d’Uncle Charlie, mais pour une fois doté de sensibilité. Dévasté par l’annonce de la mort inéluctable de son chat, il trouve un peu de compassion auprès d’un chimpanzé apprivoisé, Charly.
L’année suivante, il est à l’affiche de la série So ein Zirkus ! dans laquelle il incarne le dompteur de fauves d’un cirque, Boris Kaminski. Personnage frustre et dominateur, il conçoit sa relation avec les femmes d’une manière similaire à celle qu’il emploie pour obtenir l’obéissance de ses animaux, ce qui n’empêche pas l'épouse d’un trapéziste de s’en enticher. Le dompteur est aussi un passionné du jeu de la roulette, l’amenant à croiser le chemin d’une riche héritière.
Brèves incursions dans l’Antiquité
En 1997, l'acteur Wilfried Baasner apparaît dans Frevel, le dixième épisode de la série Operation Phoenix : Jäger swischen den Welten, dans lequel les ouvriers d’un chantier à Berlin sont victimes de la vengeance posthume de druides dont les travaux ont dérangé des sépultures celtes. La série mettait en scène quatre agents du ministère de l’Intérieur de la République fédérale enquêtant sur des phénomènes surnaturels dans la lignée de la série américaine Aux frontières du réel (X-Files), mais elle ne rencontra pas le même succès populaire que son modèle de sorte qu’elle fut non seulement arrêtée mais que la diffusion des épisodes fut déprogrammée avant que soit diffusé celui dans lequel avait tourné Wilfried Baasner.
La même année, il figure brièvement à l’affiche de l’adaptation italienne, servie par une partition d’Ennio Morricone, d’un conte oriental mettant en scène les Rois mages, Les quatre rois (Il quarto re), Gaspard (interprété par Billy Dee Williams vu dans les deux derniers épisodes de la trilogie originelle de La Guerre des étoiles (Star Wars), Melchior (le Français Daniel Ceccaldi), et Balthazar (Joachim Fuchsberger, vu dans plusieurs collaborations entre Reinecker et Ringelmann comme évoqué dans la seconde partie de l’article "L’autre duo de Derrick"). Un jeune apiculteur, Alazhar (Raoul Bova) est malgré lui contraint de mener les trois Rois mages jusqu’à l’enfant Jésus tout juste né, guidés par ses abeilles, une mission à laquelle Satan (Bruno Bilotta) tente de faire obstacle en lui tendant des pièges. Il est ainsi contraint de délaisser quelque temps sa bien-aimée Izhira (Maria Grazia Cucinotta) que convoite Bakir, commerçant aisé et propriétaire de son logement interprété par Wilfried Baasner, qui constate le départ des abeilles et donc l’impécuniosité du ménage. Il dit d’abord vouloir lui faire grâce du paiement en échange de faveurs intimes, puis se décide à lui proposer d’emménager avec lui en lui promettant l’abondance de biens. Celle-là le rejette avec dédain à chaque occasion, lui assénant finalement qu’elle préférerait aller dormir dans la grange. L’éconduit lui répond que cela sera effectivement son destin et qu’il s’assurera désormais qu’il lui soit interdit de reparaître dans le village. Lors de son apparition initiale, le personnage de Bakir se dresse à la manière d’un serpent derrière la fenêtre d’Izhira pour l’espionner ; lorsqu’on le voit pour la seconde fois, il est planté tout droit dans sa djellaba, évoquant quelque peu la silhouette raide d’un Nosferatu se dressant dans le navire maudit du film de Murnau.
Wilfried Baasner joue en 1999 dans Le septième papyrus (The Seventh Scroll), une production télévisée internationale basée sur un roman, réalisée par Kevin Connor qui a dirigé un certain nombre d’aventures exotiques fantastiques pour la compagnie britannique Amicus. Le parchemin au centre de l’intrigue qui donne son titre à l’histoire révèle une page d’histoire ancienne de l’Égypte, évoquée en parallèle des investigations des deux archéologues concurrents joués par Jeff Fahey (Le cobaye) et Roy Scheider (Les dents de la mer). Wilfried Baasner interprète Lord Intef, qui veut marier contre son gré sa fille Lostris au Pharaon Mamose. Il punit sévèrement l’esclave Taita qui a osé approcher de trop près la promise. Après avoir semblé un instant accorder sa clémence devant la supplique de celui-ci, il le fait émasculer par ses serviteurs, lui enserrant lui-même la mâchoire pour l’empêcher de crier. La séquence entière mettant en valeur sa perversité fut coupée de certaines versions, probablement afin d’occulter cette chute atroce, mais cette révision réduit ainsi le temps de présence de l’acteur à l’écran.
Les téléspectateurs allemands ont pu découvrir l’acteur pour la dernière fois en mai 2004 dans l’épisode Göttergatte und Ganove de la série Ein Fall für den Fuchs dans lequel il interpréta Ludwig Leclair, un commissaire-priseur rusé et spéculateur.
Wilfried Baasner avait à l’occasion participé à des jeux télévisés en tant qu’acteur invité. Sur un mode plus spectaculaire, il avait débattu en 1992 à la télévision avec la responsable politique Angela Merkel, alors ministre fédérale des femmes et de la jeunesse ainsi que vice-présidente de l’Union chrétienne démocrate (CDU), dans l’émission "Explosiv – der heisse Stuhl" pour le numéro intitulé "Gewalt im Fernsehen". En réponse au discours critique de la dirigeante envers le contenu des fictions diffusées sur le petit écran, il y proclama que chercher à interdire la violence à la télévision était une réponse trop simpliste, les médias ne faisant que refléter la réalité, l’état de la société, au travers de sa représentation dans les fictions et même arguant – à l’instar du réalisateur canadien David Cronenberg qui refuse par principe toute responsabilité morale de l’artiste – de sa fonction cathartique en citant la tradition des tragédiens grecs tel Sophocle. Il renvoyait la violence à grande échelle aux gouvernants qui prennent la décision de conduire des guerres, citant celle du Golfe à laquelle l’Allemagne avait pris part et les bombardements en Yougoslavie. Aussi impressionnants que soient les personnages qu’a incarnés Wilfried Baasner, il paraît en effet douteux que ceux-là aient suscité des émules chez des spectateurs n’ayant pas déjà en eux une forte propension aux penchants criminels. Il est vrai qu’on peut souhaiter limiter l’exposition du jeune public à des jeux vidéos qui banalisent la violence dans des esprits encore influençables et à des programmes télévisés énumérant des crimes horribles en alimentant la cruauté plutôt que la compassion, et qu’il est dérangeant que des assassins pervers aient respectivement revendiqué les films Orange mécanique (Clockwork Orange), Tueurs nés (Natural Born Killers) et Jeu d’enfant 3 (Childplay 3) comme source d’inspiration – ce qui ne les dédouane en rien de leurs propres pulsions sadiques – pour les atrocités qu’ils ont perpétrées, mais il serait illusoire de croire que la société serait totalement pacifiée si les émissions télévisées ne diffusaient plus que des programmes culturels et des émissions apaisantes, à fortiori à une époque à laquelle un terrorisme effroyable et aveugle s’est implanté dans les pays occidentaux et l’agressivité s’est pour des raisons qui restent à expliciter diffusée depuis la pandémie de COVID comme l’ont relevé le ministère de l’Intérieur comme le spécialiste reconnu des évolutions de la société française Jérôme Fourquet.
L’acteur, qui se considérait comme "un citoyen du monde", reprocha aussi véhémentement à l’occasion dans la même émission à la politicienne une politique d’immigration qu’il jugeait trop restrictive au nom d’un idéalisme sans doute enraciné dans la vision cosmopolite des Lumières qui prônait une libre circulation des hommes, en premier lieu des philosophes qui risquaient la prison dans certains empires et monarchies de l’Europe de l’époque ; cette conception était néanmoins née dans un contexte totalement différent, alors que la mobilité des populations au niveau planétaire était beaucoup plus restreinte et la situation démographique complètement différente des enjeux actuels. Le triste paradoxe est que la politicienne devenue par la suite chancelière ayant alors largement ouvert les frontières de son pays, et de fait celles de toute l’Europe dorénavant sans frontières internes, à 1 million et demi de migrants (causant notamment la tragédie du petit Aylan et de son frère noyés, ainsi incités à quitter leur pays d’accueil initial, la Turquie), elle a aussi de la sorte permis de faire entrer en France des terroristes qui y ont causé des actes effroyables. Comme l’a rapporté le quotidien "Le Monde" dans son compte-rendu du 18 décembre 2021, l’ancien directeur français de la sécurité intérieure a assuré lors du procès des terroristes qui avaient frappé la France le 13 novembre 2005 que 15 responsables, dont huit kamikazes ainsi que le coordinateur principal, étaient entrés dans l’espace européen en se faisant passer pour des réfugiés fuyant la Syrie durant la crise migratoire à la faveur de l’appel public de la dirigeante à accueillir massivement les supposés demandeurs d’asile, le témoin ajoutant avec une affirmation sans appel devant la Cour « qu’on ne peut pas contrôler 1,5 millions de personnes ». La dirigeante s’efforça par la suite de dissimuler en particulier des centaines de plaintes relatives à des agressions sexuelles à Cologne imputables à des agresseurs imprégnés d’une culture aux valeurs antagonistes, faisant notamment pression sur la police pour qu’elle ne divulgue pas des informations pouvant interroger quant aux conséquences de sa décision unilatérale d’ouverture des frontières. Un internaute commentant le débat accuse ainsi la Chancelière d’avoir du sang sur les mains. Le couturier allemand Karl Lagerfeld faisant allusion à l’expérience déplaisante de proches s’indigna en déclarant qu’« on ne peut pas, même s’il y a des décennies entre eux, tuer des millions de Juifs pour faire venir des millions de leurs pires ennemis après », une de ses amies juives ayant notamment été menacée par un jeune migrant fanatisé. La dirigeante prétendit imposer un changement radical à la population allemande sous le prétexte de racheter les crimes du nazisme, alors que son prédécesseur Helmut Kohl, loin d’avoir été un continuateur du 3ème Reich, avait maintenu un modèle allemand apaisé et consolidé la réconciliation franco-allemande dans la lignée de Konrad Adenauer – pour l’anecdote, on peut se souvenir que la politicienne qui l’a évincé de manière cavalière s’est quand même autorisée à assister à son enterrement en dépit de la volonté exprimée par la famille du défunt.
Ceux qui concourent le plus au développement de la violence dans la société sont quand même moins ceux qui produisent ou participent à des programmes l’évoquant de manière même explicite que les décideurs qui, par dogmatisme idéologique, irénisme ou faux pragmatisme la transforment de telle sorte qu’elle devient plus dangereuse ; ce sont les décisions des dirigeants qui ont pour effet la perte de vies humaines et même des massacres comme l’actualité l’a tristement trop souvent illustré, donnant paradoxalement raison à l’acteur. Les effets de la politique de Merkel qu’appelait pourtant de ses vœux Wilfried Baasner dans l’émission – même s’il est vrai que la vague de terreur islamiste, notamment en France, n’a débuté qu’en 1994-1995 avant de s’étendre à toute l’Europe et aussi notamment aux États-Unis à partir de l’attentat du 11 septembre 2001, soit postérieurement à l’émission, ont ainsi illustré comme il l’affirmait lors du débat que l’horreur bien réelle est imputable aux décisions politiques, autrement plus lourdes de conséquences que les images des fictions.
Considéré comme plutôt affable, loin de ses interprétations, Wilfried Baasner s’est néanmoins montré très virulent à l’encontre de la dirigeante Angela Merkel, dans ce qui n’était pour une fois pas un rôle de composition, dans une émission consacrée à la violence à l’écran ; il est vrai qu’il pouvait se sentir directement visé par l’instance devant censurer des programmes télévisés au nom de la protection de la jeunesse alors qu’il interprétait couramment sur le petit écran bien des personnages peu recommandables.




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